[J-Story 7] Comment l’IA redéfinit le rôle d’Engineering Manager ? Leandro Braga – EM @Skello

Jissen donne la parole à des responsables tech pour partager, à travers une série d’interviews (J-Stories), leurs parcours, leurs choix et les histoires techniques et humaines qui façonnent les organisations d’aujourd’hui.

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Dix ans de carrière, des jeux vidéo au workforce management. Leandro Braga est Engineering Manager chez Skello depuis dix mois, à la tête de l’équipe scheduling. Il nous parle de son parcours, de sa vision du management, et de comment une équipe tech se prépare concrètement à l’ère de l’IA.

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Tu peux te présenter et me raconter comment tu es arrivé chez Skello ?

Je m’appelle Leandro Braga, je suis Engineering Manager chez Skello depuis environ dix mois. Mais pour comprendre comment j’y suis arrivé, il faut remonter un peu.

Tout commence il y a dix ans chez Epitech. Je rejoins en me disant que les jeux vidéo, ça avait l’air bien. Je voulais comprendre comment ils faisaient. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que j’allais y passer cinq ans à vraiment galérer. Mais avec le recul, ces cinq ans m’ont construit.
 
Après, je rejoins BimBamJob du social tech pour les collectivités territoriales sur l’accès à l’emploi. Stack Node, React. Et là je rencontre un manager qui va devenir une figure clé de ma carrière. C’est lui qui, quelques années plus tard, vient me chercher pour rejoindre Skello.
 
Entre les deux, il y a eu Fleet. J’y suis allé pour une raison simple : je trouvais que BimBamJob ne me payait pas assez. C’est une question que tout jeune développeur se pose à un moment. Chez Fleet, la boite a scalé massivement en deux ans de quinze personnes à trente, d’un produit de leasing d’ordinateurs à une plateforme all-in-one couvrant dix pays et quatre devises. J’ai contribué ou supervisé l’ensemble de ces projets en tant que dev senior. C’est là que j’ai compris ce que signifie scaler vite.
 
Et quand mon ancien manager m’a recontacté pour rejoindre Skello, j’étais prêt. Je voulais une structure plus grande, plus organisée. J’ai rejoint comme développeur confirmé. Deux ans et demi plus tard, je suis Engineering Manager.
 
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C’est quoi Skello pour ceux qui ne connaissent pas ?
 

Skello, c’est la solution IA de gestion RH des équipes de terrain. Nous opérons sur 5 secteurs : l’hospitality, le retail, la santé, l’industrie et le service dans 5 pays : la France, l’Espagne, l’Italie, le Luxembourg, la Belgique et la Suisse. La plateforme couvre la planification, la gestion des effectifs, le contrôle du temps, une partie de la paie. Une roadmap bien chargée car le scope RH est vraiment très large.

Ce qui m’a frappé en arrivant, c’est la force de vente interne. Convaincre un dirigeant qui planifie sur Excel depuis quinze ans de passer sur une plateforme digitale, ce n’est pas rien. Il y a une vraie école de vente qui s’est construite chez Skello. Et quand le produit tient ses promesses, les gens finissent par dire que c’est exactement ce qu’il leur fallait.

“Quand quelqu’un qui gère tout sur Excel depuis vingt ans te dit que c’est exactement ce qu’il lui fallait, c’est la preuve que le commerce marche par la valeur.”

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Tu gères quelle partie du produit ?
 

Je fais partie de l’impact Scheduling l’une des douze équipes produit de Skello. On gère tout ce qui touche à la planification, qui reste le coeur historique de la plateforme. Notre grande mission 2026, c’est la planification automatisée : comment passer d’un plan de charge brut à un planning complet, respectueux des conventions collectives, des contraintes de repos, des durées maximales de travail et le moins coûteux possible.

Skello opère dans cinq pays. Chaque pays a ses règles. Pour les gérer à l’échelle, on a développé en interne un langage standardisé qui traduit n’importe quelle convention collective en variables actionnables. Une équipe légale dédiée travaille avec les PM pour intégrer tout ça dans le moteur.

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Comment tu décrirais le rôle d’EM chez Skello ? C’est quoi la répartition de ton temps ?
 

Le rôle chez Skello est un poste connecté au terrain. On attend de moi que je reste le premier architecte de mon équipe, tout en portant la vision business-produit. Concrètement, c’est du 50-50 : la moitié de mon temps est fonctionnel, cadrage métier, construction avec la PM et la designer. L’autre moitié est technique dont 45% d’architecture et de cadrage, et 5% de production de code directe.

Je manage quatre développeurs en direct, des profils confirmés à senior, et je travaille au quotidien avec une Product Manager et un QA Engineer partagé entre deux équipes. Ce que j’aime dans ce format, c’est qu’on est vraiment main dans la main avec le produit pas en bout de chaîne.

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Qu’est-ce que tu n’avais pas anticipé en prenant ce rôle ?

Le contrôle ou plutôt, la nécessité de le lâcher.

Quand tu es développeur senior, tu veux avoir la main sur ton projet. C’est normal. Mais quand ton scope s’élargit, tu réalises que ta force réside dans la délégation et dans la co construction. Tu ne peux pas tout faire. Tu guides, tu cadres, et tu lâches prise. Et aussi : le code n’est plus ta principale valeur ajoutée. C’est une transition mentale qui prend du temps.

” Plus tu prends de hauteur, plus tu prends de sujets, moins tu peux controler. A part borner, tu ne vas rien faire d’autre.”

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Qu’est-ce que tu recherches quand tu recrutes ? C’est quoi l’ADN Skello ?

Ça dépend du niveau. Sur un junior, j’attends de la curiosité avant tout. L’environnement Skello est dense, qui peut être assez complexe, avec des contraintes légales multi-pays. Il faut avoir envie de se mettre dedans.

Sur un confirmé, c’est l’autonomie qui prime. Capter vite, comprendre vite, et commencer à tirer vers le mentoring en plus de la production.

Sur un senior, j’ai une formule que j’utilise à chaque recrutement. Un paradoxe volontaire :

D’un côté, la confiance en soi savoir que tu fais du bon boulot, tenir tes idées, les exposer clairement. De l’autre, l’humilité comprendre que ce que tu sais n’est pas gravé dans le marbre, et que n’importe qui, quel que soit son niveau ou son métier, a quelque chose à t’apporter.

C’est une règle que j’applique aussi avec mes propres équipes. À l’un de mes développeurs en passe de passer confirmé, je lui ai dit clairement : ce n’est pas parce que ton manager ou un architecte te dit quelque chose que c’est la vérité absolue. La parole circule dans les deux sens.

” Un bon développeur senior, c’est quelqu’un capable d’être arrogant humblement. A quel niveau tu as confiance en toi, et a quel point tu restes capable d’écouter. “

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Tu as une philosophie de management ? Comment tu la décrirais ?  

Confiance absolue. Mon objectif, c’est d’instaurer un climat où les gens se sentent écoutés et peuvent s’épanouir. Je ne suis pas là pour contrôler.

J’ai eu un cas concret qui illustre bien ça. Un développeur perçu en “sous-performance”. En travaillant avec lui, j’ai compris ce qui se passait vraiment : le travail à distance crée parfois un angle mort : quand on n’est pas visible physiquement, la perception des autres peut décrocher de la réalité. Et ça peut peser sur l’image qu’on renvoie, sans qu’on le sache vraiment. 

Après quelques sessions de coaching, de remise en confiance, de feedback clair, ce développeur est aujourd’hui l’un des piliers de l’équipe. C’est ça, pour moi, le management. Pas le contrôle. La direction et l’accompagnement.

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Comment vous abordez le sujet de l’IA en interne chez Skello ?

C’est le sujet principal en ce moment. On s’est fixé un objectif ambitieux pour la fin de l’année : transformer tous nos développeurs en architectes de fonctionnalités. Le principe derrière est simple la valeur ne réside plus dans la production de code, mais dans la réflexion autour. Comment tu délègues la production à l’IA en la cadrant suffisamment pour qu’elle livre la bonne qualité, la bonne cohérence, la bonne pertinence.

Pour y arriver, on a structuré des guildes en interne front, IA, EM qui réunissent architectes, engineering managers et seniors pour mutualiser les initiatives et coacher les équipes. Des licences Anthropic ont été déployées. On travaille à devenir partenaire Anthropic pour diffuser Claude Code au quotidien. Et on a lancé l’an dernier Skello Assistant un agent qui permet à nos clients de préparer la paie et piloter leur activité depuis un simple chat.

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Tu as un exemple concret où l’IA t’a vraiment aidé sur un sujet technique ?

Oui, lorsqu’on a lancé la deuxième version de notre planning intelligent, il fallait qu’on valide très vite que nos hypothèses techniques tenaient la route. La première version de notre planning intelligent était une belle étape et offrait déjà beaucoup de valeur à nos client mais on voulait avec cette deuxième version aller encore plus loin et là c’était vraiment chaud coté technique.

Ajouté à ça que je ne connaissais pas la programmation par contraintes. C’est grâce à l’IA que j’ai pu comprendre les principes mathématiques, évaluer les technologies disponibles, et sortir un premier POC viable sur une architecture hybride TypeScript et Python. En partant de zéro. Pas comme outil de production de code, mais comme accélérateur de compréhension.

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Pour toi, c’est quoi le développeur de demain ?

“C’est l’architecte de code”

Quelqu’un qui sait construire des produits, pas juste écrire du code. Écrire du code, tout le monde peut le faire maintenant. La vraie valeur ajoutée, c’est la réflexion, l’architecture, la capacité à guider l’IA vers le bon résultat. On revient aux fondamentaux, est-ce que tu comprends un algorithme ? Est-ce que tu sais raisonner sur un problème complexe ? Ce sont des compétences qui reprennent de la valeur.

Et ça va changer le recrutement en profondeur. Les fondamentaux techniques vont redevenir centraux : gestion de la mémoire, algorithmie, compréhension de ce qui se passe vraiment sous le capot. Les écoles d’ingénieurs vont être encore plus regardées, ce sera difficile pour les nouveaux entrants, mais ça tirera tout le monde vers le haut. 

 

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Ce qu’on retient de cette J-Story :

  • Le rôle d’Engineering Manager devient un rôle de vision, d’architecture et d’accompagnement, avec une nécessité de lâcher prise sur la production directe
  • L’autonomie des équipes devient un enjeu central : le manager cadre, donne une direction et aide les développeurs à grandir
  • L’IA transforme progressivement le métier de développeur, qui évolue vers plus de conception, de raisonnement et d’architecture
  • Les meilleurs usages de l’IA ne remplacent pas l’expertise technique : ils accélèrent la compréhension, le prototypage et la résolution de problèmes complexes
  • Le développeur de demain sera moins un producteur de code qu’un garant de la qualité, capable de guider les outils tout en gardant la maîtrise technique

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Chez Jissen, nous accompagnons les CTO, DSI, VP Engineering et Head of Tech dans la mise en œuvre concrète de leur vision technique, de la stratégie à l’exécution et jusqu’à la production.

Nous intervenons sur la structuration des organisations tech et produit, l’alignement des équipes, le delivery et la mise en place de pratiques d’ingénierie robustes pour améliorer la performance sans perdre en qualité.

Si ces enjeux de transformation, de pilotage et d’industrialisation résonnent avec vos projets, nos équipes seront ravies d’en discuter avec vous.